Il demeure capital de comprendre le changement positif que permet l'opération du nouveau Musée de Bellerive dans son ensemble (parc et bâtiment) sur l'usage et l'appropriation par toute une population (et bien sûr pas seulement par les amateurs éclairés de musées...) d'un lieu évidemment exceptionnel, mais autrefois largement marginalisé et délaissé. Il faut retourner ses épaules et son visage vers ce miroir et ainsi découvrir et comprendre la situation souvent bouleversante que propose ce site. Le Lausannois a l'habitude de voir le lac de ... haut ! Donnons-lui l'occasion de l'apprécier de son rivage, comme beaucoup de peintres l'ont représenté et magnifié, à juste titre.
C'est aussi l'occasion de démontrer que la rive du lac est d'abord un site avant d'être un bâtiment, quelles que soient les qualités, la matérialité ou l'échelle de l'ouvrage particulier que constitue le nouveau musée. Le projet du MCBA Bellerive s'appuie sur cet acte de fondation d'un lieu. A l'opposé de considérations esthétiques ou stylistiques liées uniquement à l'image toujours subjective d'une architecture. En participant d'abord à la réalisation d'un lieu public et ouvert au sens large. Construire sur la rive, c'est d'abord construire la rive et notre rapport au lac. Poser une pierre au bord de l'eau avant d'en distinguer la couleur ou la taille. Combien de quais célèbres ont consacré la valeur du lieu avant les bâtiments qu'ils accueillent ? De la Promenade des Anglais à Cannes à la Corniche d'Alexandrie, de Battery Park de New York à la Riva dei Schiavoni de Venise, c'est cette relation qu'il faut défendre. Avant l'Hôtel Negresco, avant la bibliothèque d'Alexandrie, avant les gratte-ciels de Manhattan ou le Palais des Doges ! Bellerive doit donner un sens, une valeur et une image partagée correspondant ... à son nom. Le nouveau Musée cantonal des beaux-arts doit être cette première pierre !
Laurent Chenu, architecte,
Genève, 14 novembre 2008