Tous les lieux n'ont pas la même force évocatrice, c'est une évidence. Parfois, il nous arrive d'entrer en résonnance singulière avec un décor qui conjugue la beauté de la nature et le génie de l'homme. Ces rencontres sont inoubliables et marquent, en général, durablement les esprits.
Plus rarement, ce sentiment survient lors de la triple conciliation: espace, architecture, éléments contenus à l'intérieur de cette même architecture. Ce sentiment si prégnant, on le ressent à la visite de quelques musées exceptionnels qui conjuguent cette très rare harmonie du lieu, du bâti et des oeuvres. La fondation Beyeler marie parfaitement cet ensemble de caractères: d'abord le parc, puis le bâtiment, enfin la relation entre le bâtiment les oeuvres et le parc. L'expérience de la visite de la salle dans laquelle est présentée l'oeuvre de Claude Monet « Les nymphéas» est marquante. La force de la relation entre les trois éléments décrits plus hauts fait naître chez le spectateur un sentiment tout à fait particulier, un indescriptible bonheur. De façon un peu semblable, on ressent une harmonie unique lors du voyage qui nous entraîne à la découverte des oeuvres de Kirchner au musée qui porte son nom à Davos. Encore une fois, la géographie, le bâti et les tableaux dialoguent en parfait équilibre. Au titre des lieux extraordinaires,on peut citer encore la fondation Serralves à Porto ou la Villa Borghèse à Rome.
Le paysage lémanique vu de Lausanne, probablement plus que tout autre endroit en Suisse, fut de tout temps, un sujet d'intérêt des peintres. Observer le lac, c'est admirer un Turner, un Hodler, un Vallotton, un Bocion, un Kokoschka, un Sarto ou encore un Ostovani. La liste exhaustive des artistes qui se sont emparés de ce paysage serait trop longue à dresser et bien évidemment chacun d'entre eux enrichit le paysage observé.
Aujourd'hui, les vaudois se proposent de créer un nouveau musée des Beaux-Arts à Bellerive. C'est à n'en pas douter la chance extraordinaire d'offrir au monde un de ces endroits particuliers ou le miroir des oeuvres et de l'espace se renforce, ou le dialogue entre le paysage et le bâti induit une vibration tout à fait particulière. De cette conjonction de forces, on pressent la notoriété que le site parfaitement choisi apportera à l'entreprise. Sans compter la richesse des collections existantes et le nombre de sujets que le lieu prédispose à traiter à l'avenir.
Sans entrer plus loin dans l'analyse des augures favorables qui se dessinent (collections promises, financements privés acquis, finances cantonales en meilleures formes) pour ce nouveau musée, notons que l'occasion est trop rare pour tergiverser entre un espace improbable et sans attrait, situé sur une place dépourvue de structure et que certains défendent malgré les études réalisées en 1991 et 1999 qui démontrent les lacunes du site de Rumine et l'immense chance que représente Bellerive.
C'est évidemment pour un supplément de rêve, pour la création d'un musée moderne, tourné vers l'avenir, qui invite au voyage dans les arts et le paysage qu'il faut se mobiliser aujourd'hui.