Il faut remercier le Comité référendaire de s'opposer au modeste crédit d'étude, voté à une très confortable majorité par le Grand Conseil. Car ce faisant, les personnes qui composent ce comité passablement composite mettent en évidence à la fois :
• la profonde cohérence du projet de nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA), dont la construction est prévue à Bellerive
• les visées totalement destructrices des ennemis de ce même MCBA, qui s'attaquent à la forme mais en veulent en réalité au principe.
En politique, toutes les décisions et interventions ont une double dimension, spatiale et temporelle. Plus un programme est complexe, plus il importe de veiller à la cohérence entre les lieux ou secteurs d'une part,et les étapes ou délais d'autre part. Dans le cas de l'important projet de nouveau MCBA, il aura fallu des années d'études et de préparatifs avant de passer à la réalisation, dès 2010 selon le calendrier actuel. Ces étapes préalables ont été conduites avec soin et en toute transparence. Le choix du site de Bellerive résulte d'un long processus de sélection entre 17 lieux différents, dont on a analysé les possibilités réglementaires, foncières et immobilières. Le concours international a permis de choisir, parmi les 249 projets rendus et les 9 retenus pour le deuxième degré, celui connu sous le nom de Ying Yang, signé par les architectes zurichois Berrel, Wülser et Kräutler. A suivi l'élaboration et l'adoption du Plan d'aménagement cantonal (PAC).
En parallèle, divers aménagements permettaient de réorganiser certains espaces du Palais de Rumine et la réflexion se poursuivait sur la continuation de ces travaux et la redistribution des locaux libérés par le départ du MCBA en 2012.
Le tout bien sûr ponctué d'études et de rapports, ainsi que d'exposés des motifs adressés au Grand Conseil et de multiples interventions politiques extraparlementaires. Sans compter les personnes et associations qui participent, de façon coordonnée dans toute la mesure du possible, à la vie du Musée et à la préparation de son avenir.
L'ensemble de ces actions compose un programme complexe, conduit avec un double souci de cohérence et de transparence, avec aussi toute la prudence et la relative lenteur que peut impliquer la démocratie à l'helvétique.
Face à cette démarche en tous points respectueuse des formes, des critiques se sont sporadiquement fait entendre, qui ont tout naturellement alimenté le débat. On ne saurait en dire autant des auteurs de la présente demande de référendum. Leur argumentation, qui met en évidence la diversité des motivations de personnalités venant d'horizons très différents, ne fait pas dans la nuance et s'avère en partie de mauvaise foi voire carrément mensongère, s'agissant par exemple des aspects financiers ou de la future fondation de droit public.
Les arrière-pensées commerciales prêtées aux collectionneurs s'apparentent davantage à la diffamation qu'au simple procès d'intention.
Quant à la "solution prometteuse du Grand Rumine", elle est au mieux irréaliste et fort onéreuse, au pire proposée juste pour brouiller les cartes, histoire d'allonger encore la procédure et de bloquer définitivement le projet de nouveau musée. De toute manière, le temps n'est plus aux alternatives miraculeuses, encore moins aux maquettes-minutes sur ordinateur. Toute relance des études reviendrait à tuer le projet.
Telle paraît bien la visée commune des principaux opposants au MCBA à Bellerive. Ils s'acharnent à vouloir priver indéfiniment les Vaudois d'un musée cantonal des beauxarts digne de ce nom et surtout digne de ses collections, celles qui demeurent en majeure partie cachées faute de surfaces d'exposition disponibles, et aussi bien sûr celles dont les propriétaires ont maintes fois dit leur intention de vouloir faire don et qui pourraient perdre patience avec les années.
Nul n'est obligé de se passionner pour la culture, ni d'ailleurs pour le sport, ni même pour des études prolongées. Mais personne ne devrait empêcher la collectivité de mettre les équipements voulus à la disposition des publics intéressés. S'opposer catégoriquement au projet de nouveau Musée cantonal à Bellerive, c'est prendre la responsabilité de priver les visiteurs, proches ou lointains, jeunes ou moins jeunes, d'une possibilité de faire mieux connaissance avec le patrimoine culturel vaudois et de se familiariser avec les arts visuels, dans leurs diverses expressions d'hier et d'aujourd'hui.