Comme tous les musées du monde, le Musée cantonal des Beaux-Arts a deux missions principales : La première consiste à collectionner, conserver, inventorier, restaurer si besoin est le patrimoine qui lui est confié. La seconde est de mettre en valeur, montrer, faire connaître ce patrimoine en organisant des expositions temporaires tout en accrochant à ses cimaises de manière permanente et par rotation l’essentiel du patrimoine de ce canton. Or il s’avère (et les premières réflexions sur ce thème datent de 1924 !) que les surfaces à disposition au Palais de Rumine ne suffisent de loin pas à remplir ces deux missions essentielles. Chaque année qui passe aggrave la situation.
Sans revenir sur des réflexions plus anciennes, c’est à deux reprises, en 1991 et 1999, que des études approfondies ont démontré que faute d’agrandir ( !) le Palais de Rumine, il fallait en déloger une partie des occupants. Musée des Beaux-arts ou musées scientifiques ? A deux reprises, après des analyses fouillées, la conclusion des commissions d’experts, approuvée par le Conseil d’Etat, a été que la seule solution était une nouvelle construction pour le Musée des Beaux-Arts. En même temps la commission d’experts de 1999 étudie 16 sites suggérés par les urbanistes du Canton et de la Ville. A l’unanimité Bellerive est retenu et un concours international réunit 249 participants, séduits en particulier par le site. Alors on peut certes recommencer tous les dix ans l’étude, on arrivera aux mêmes conclusions mais on aura perdu du temps, de l’argent et des mécènes et le musée sera renvoyé aux calendes grecques…C’est ce que l’on appelle se tirer une balle dans le pied.
Les collections du Musée sont riches et sont uniques en ce qui concerne le canton de Vaud : Ducros, Gleyre, Vallotton, Soutter, Steinlen, Bocion et tant d’autres, il en va de la responsabilité du Musée de les montrer en permanence pour que le public vaudois, les élèves, les touristes mesurent l’importance de nos artistes, ceux du passé et ceux du présent. Et si certains doutent de l’importance de ces fonds c’est justement parce que le musée n’a pas actuellement les surfaces pour les exposer, placé devant le choix douloureux et mortel pour un musée moderne de faire des expositions temporaires – ou d’accrocher une exposition permanente ses richesses. Un nouveau musée permettra de tripler les surfaces d’exposition, d’avoir un atelier pédagogique, un restaurant, une librairie, une salle polyvalente, toutes choses aujourd’hui inexistantes, mais indispensables à un musée moderne, sans parler de l’augmentation des surfaces de travail (locaux et ateliers techniques) et des réserves…
Rien de tout cela ne serait possible à Rumine, et proposer de jouer aux taupes sous la Riponne n’est qu’une illusion trompeuse véhiculée par ceux qui, au fond, ne veulent pas de musée et surtout refusent de (re)connaître et d’accepter les besoins d’un musée d’aujourd’hui.
Levons les yeux du rétroviseur et enclenchons la marche avant plutôt que la marche arrière !